La Flota 1715

trésorL’or, l’argent & les pierres précieuses extraits des mines d’Amérique ainsi que les richesses en provenance de la Flota de la Grande Mer du Sud (pierres précieuses, ivoire, jade, soie et porcelaines) doivent être acheminés vers l’Espagne.

Comme chaque année, un vaisseau lourdement chargé des trésors des Indes Orientales a traversé la Grande Mer du Sud. Il est parvenu par bonne fortune de mer à Panama.

C’est à Panama aussi qu’ont été amenées toutes les richesses extraites des mines, gemmes précieuses, or & argent.

Ces trésors sont, d’ordinaire, acheminés par d’interminables convois de mulets jusqu’à Puerto Bello où est constituée « La Flota » qui doit les transporter jusqu’à Cadix.

Cette année, le Vice Roy a décidé de faire appareiller La Flota depuis un autre port pour tromper les ennemis du Royaume.

Depuis des mois, caché dans des caisses, des balles où des barriques, le fabuleux trésor a été transporté dans un port tenu secret par de petits caboteurs rapides. Les capitaines de ces caboteurs ignoraient eux-mêmes la vraie nature de leur cargaison.

Administration Caraïbes1712

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Dans plusieurs ports espagnols, des navires marchands d’assez fort tonnage & commandés par des capitaines d’expérience ont été nolisés (réquisitionnés).

Les capitaines desdits navires ont reçu des instructions des gouverneurs.
« Sélectionnez un  équipage  de marins confirmés & entourez-vous d’officiers d’expérience. Avitaillez votre navire pour un voyage d’au moins un mois & prenez la mer dès que le temps l’autorisera. »

Chacun d’eux a la surprise de devoir mettre sous voiles sans connaître sa destination.
En outre, chacun doit embarquer un jeune officier d’État-major qui délivrera des instructions complémentaires écrites ;
« Une fois au large & assez loin de toutes côtes pour ne plus être en mesure de communiquer avec y-celles »

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L’épouse de Eduardo Mendoza, qui aimait à se donner des airs auprès de ses amies, lui faisait pour la centième fois reproche de la petitesse de ses ambitions, de sa  complaisance à se satisfaire de son emploi médiocre de valet en service au palais du Vice Roi.
Il devrait depuis longtemps, s’il l’aimait un peu & désirait lui faire honneur,  être majordome où chambellan.Las des ces reproches récurants, Eduardo – qui aimait à écouter aux portes du palais – fit remarquer à l’épouse acariâtre qu’il était un personnage plus important qu’il n’y paraissait, qu’il faisait partie du « Conseil Privé » du Vice Roi & qu’il était au fait de nombreux secrets d’état.- Des secrets d’Etat ? Toi ? Un misérable valet chargé de dépoussiérer le bureau de son maître, de brosser ses manteaux où de repoudrer sa perruque.- Tu te trompes ma chérie. C’est justement pour que ma véritable fonction reste cachée. Tiens la preuve que je ne te mens pas ! Je sais qu’on vient de noliser trois grands navires marchands pour une mission secrète.- Une mission secrète ! Ben voyons. Et quelle est-elle cette … mission secrète ?- HA ça ma chérie, je ne puis en dire d’avantage. D’ailleurs, j’ai déjà trop parlé. Je te conjure de n’en souffler mot à quiconque.

L’épouse bien entendu ne tint pas sa langue. Elle s’en ouvrit à son amie l’épouse du rôtisseur de la Rue de la truie qui fuit … Qui elle même avait d’autres amies …

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- Ha ! Capitaine Rodrigue Y Gamboa. Prenez place » dit le secrétaire du Vice Roi en désignant un siège devant son bureau. « J’ai le plaisir de vous annoncer que vous êtes requis pour prendre le commandement du vaisseau de sa Majesté Cacafuego. »- N’est-ce point ce vaisseau de 50 canons qui pourrissait dans le port de Santiago ?- Pourrir ? Comme vous y allez capitaine ! Il est vrai que le Cacafuego est resté pas mal de temps comme ponton, sans mâts, mais la coque est toujours saine. Enfin bref ! Votre navire a été récemment mâté, gréé de neuf & a reçu son artillerie. Vous devez prendre la route au plus tôt pour Santiago de Cuba & y prendre le commandement de votre vaisseau. Au fait, son équipage, hommes & officiers, est au complet.
Vos ordres & tous les documents affairant vous seront remis sur place par le commandant du port.
———Santa Catalina

L’officier approcha le vieil homme qui pêchait depuis le quai.

- Mille excuses mon brave. Pourriez vous me renseigner ? Je cherche la Santa Esméralda pour y embarquer.

- Vous n’avez pas l’air d’un marin vous. C’est un uniforme de l’armée que vous portez-là ?

- Vous avez l’oeil. Je suis sous lieutenant de cavalerie détaché auprès de l’État-major. Je dois embarquer sur la grande flûte Santa Esméralda comme officier subrécargue.

- Ben ça ! Un cavalier ! Comme officier sur un navire ! De commerce qui plus est ! On aura tout vu. Ha le monde n’est plus c’qu’il était d’mon temps. Enfin … C’est pas mes oignons. C’est le navire qui est accosté au quai de l’arsenal devant l’entrepôt de l’artillerie là-bas.

 

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A la taverne « Au Grangousier » de Cumana.

- Holà compagnon, laisse moi t’offrir un verre.

- D’habitude, quand on m’offre un godet c’est pour me demander un service, mais … J’veux bien.

- Tout juste compagnon. Ha ha ha ! On m’a dit que tu étais second maître à bord de la grande pinque La Séraphine qui doit lever l’ancre sous peu. Tu sais pas des fois s’ils ont encore besoin d’hommes. Que j ’suis gabier et un bon.

- J’crois que oui. Tu devrais en parler au gars qu’est à la table du fond. C’est le maître d’équipage. Allez, à la tienne et peut-être à tout à l’heure à bord de La Séraphine.

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Manuel & Pablo connaissaient une zone de pêche fort poissonneuse. Mais elle était très au large de Santo Domingo ce qui les obligeait à sortir en mer au milieu de la nuit, donc bien avant leurs confrères.

Ils étaient donc les premiers présents sur la grève d’où partaient les barques de pêche.
Ils furent surpris de voir La Dona Mercedes remonter ses câbles, passer devant eux pour s’engager dans la passe.

-Tiens, ils mettent à la voile sans attendre les pleines eaux ?

- Oui, c’est bizarre, ils risquent de talonner dans le chenal.

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Juan le vieux pêcheur regarda s’éloigner l’officier de cavalerie avec ses bottes à éperons ridicules …  du moins en ce lieu !- Tss !Il s’apprêta à lancer sa ligne, suspendit son geste.

-Tiens, mais au fait, la Santa Esméralda est arrivée sur lège ce qui n’est déjà pas banal. Maintenant cet officier terrien à son bord …
Et puis, quand elle a accosté, j’ai bien vu qu’elle avait ses canons … Et à présent elle est devant l’entrepôt d’artillerie … Tout ça est bien étrange.

Il haussa les épaules, lança sa ligne et  concentra son attention sur le bouchon.

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A bord de la Santa Esméralda  en mer.- Monsieur, il faut vous lever et monter sur le pont pour constater que nous sommes hors de vue de la terre. Le capitaine est impatient de ses ordres.Le Lieutenant, le teint toujours verdâtre, agité de spasmes, rejoignit le capitaine sur la dunette. Il tendit  l’enveloppe cachetée au capitaine avec un borborygme en guise de bonjour.

- Si vous devez renvoyer monsieur, faîtes le « sous le vent ». lui dit le capitaine d’un ton colérique en indiquant la lisse bâbord.

S’étant acquité de son devoir, le lieutenant s’en retourna bien vite à sa cabine. Enrique Gomez se retira dans la grand-chambre pour enfin connaître ses ordres.

Il réapparu sur la dunette, vociférant comme un beau Diable.

- Foutus terriens ! Comme s’il n’était pas suffisant d’en avoir un qui vomisse partout et déchire mes tapis avec ses éperons !  Senor Varga !

Le maître de navigation approcha, inquiet.

- J’ai notre destination. Nous pensions à La Habana où à Santiago de Cuba, et bien il n’en est rien ! Nous devons nous rendre à Santa Marta ! Ces gens foutre de terriens ne comprendront donc jamais que nous autres marins sommes tributaires des vents ? Deux jours que nous faisons route au Nord ! C’est quatre jours de mer inutiles. Venez avec moi dans la chambre des cartes pour calculer notre nouveau cap.

 

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La Habana, Palais du Vice Roi

Eduardo à son habitude, colla l’oreille à la porte du cabinet du Conseil.

Les membres présents dans la pièce, hormis le Vice Roi, étaient entrés, il le savait, par une porte dérobée. Eduardo en connaissait l’existence mais  – c’est pas faute d’avoir cherché – n’était jamais parvenu à la découvrir.

La conversation se faisait à voix basse – conciliabules & conspiration ! C’est une réunion du conseil secret. Des diplomates & des espions … des vais eux ! – Eduardo avait du mal à saisir, d’autant qu’il devait sans cesse surveiller ses arrières pour n’être point surpris dans sa coupable activité.

- Près de …. tonneaux !

- C’est pas le trésor de Golconde mais quand …

- Mais si l’un des nav … n’arrive pas, … répartir le trésor  …

- Non ! … ne peut … envoyé à Cadix … ici … autre flota.

- …  escadre françai  … et …  … récompense.

- Pourquoi toujours la carotte pour faire avancer l’âne ?

Le ton était soudain monté, le Vice Roi lui-même. Gros homme sanguin.
La conversation redevint à peine audible.

-  …  honneur … lettre au Roi  …

Des pas !!!
Eduardo se redressa vivement et se dirigea dans leur direction.

Pfff ! Il a eu chaud, il croisa un officier de la garde qu’il salua obséquieusement.

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Bureau du Gouverneur de Santa Marta.

-Capitaine Jaume Llinares, nous ne vous attendions pas si tôt & certes pas avec deux chaloupes & une vingtaine d’hommes !

- Dix huit hommes pour être précis Excellence. J’ai aussi perdu trois de mes officiers … quatre en fait. Mon pilote, mon chirurgien, mon bosco et l’officier d’état-major qui avait embarqué avec nous.

- Que c’est-il passé ? N’aviez-vous point d’escorte.

- La Dona Mercedes était escortée par des français. Aucun corsaire espagnol, j’en ai été fort marri.
Nous étions suivis par plusieurs frégates anglaises mais les français étaient près du double autant qu’il me souvienne. Pardonnez moi, j’ai reçu un mauvais coup à la tête & mes souvenirs sont encore flous.
La frégate ingles, Lionheart nous a abordé sans que les français interviennent, où puissent le faire. Ils paraissaient quelque peu timorés & peu enclin à risquer leurs vaisseaux pour escorter un simple marchand allié.

- L’Honneur & la Gloire !!! capitaine. Mais il est vrai que vous naviguez au commerce & que ce sont là notions abstraites & non point mercantiles.
Je vais devoir envoyer une dépêche au Vice Roi pour lui rendre-compte de l’échec de votre mission. Vous restez bien entendu à ma disposition. Mon secrétaire verra avec vous où l’on peut vous joindre. Adieu Capitaine. J’ai à faire.

- Mais Excellence, mon navire, ma cargaison ? … C’est toute ma fortune. 120000 piastres pour La Dona Mercedes & 40000 piastres de fret.

- Votre navire était nolisé. Le Tribunal de l’Amirauté à La Habana doit statuer sur vos responsabilités dans la perte de La Dona Mercedes. S’il juge en votre faveur vous serez dédommagé pour le navire. Quand à la cargaison, vos ordres étaient clairs ;  »A vos Risques & Périls ». Je vous prie de sortir à présent.

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Courrier du capitaine Alphonso Guiterez transmis au Gouverneur de Caracas par un dogre de passage.

le 8 Mars 1715
A bord de la grande pinque Séraphine.

Présence de vaisseaux hollandais dans l’ouest, mes escorteurs français, deux frégates & un grand chebec m’ont invité  à les suivre dans l’archipel Los Roques, pour nous y cacher de l’ennemi & le surprendre.

Une couple d’heure avant l’aurore, une des frégates françaises a attaqué l’avant garde batave. Les autres vaisseaux de mon escorte se sont portés en renfort au lever du jour.

Las, l’escadre en approche, est forte de six vaisseaux & leur est bien supérieure.
L’éclaireur  hollandais a été pris. Nous en profitons pour mettre à la voile & échapper aux vues de l’ennemi.

Le combat naval fait rage, le bruit de la canonnade roule à la surface de la mer sur des milles & parvient jusqu’à nous.
Pendant que nous nous éloignons, nous sommes témoins, a travers les volutes de fumée du combat, de la capture par l’ennemi d’une frégate française.

Ces français sont des braves !
Capitaine Alphonso Guiterez

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11 Mars de l’An de Grâce 1715.

A peine la planche fut-elle jetée entre le quai & la coupée de La Santa Esméralda, que le capitaine Enrique Gomez, revêtu de ses plus beaux atours, se rendit à la Résidence du Gouverneur de Santa Marta.

Les présentations faîtes, son Excellence invita son hôte à s’asseoir & fit servir du vin.

- Capitaine Gomez, je suis très heureux de votre arrivée ici. Vous n’êtes pas le premier, le capitaine  de La Dona Mercédes vous a précédé mais … Lui est arrivé avec deux canots & une poignée de survivants.

- Merci Excellence. J’en suis fort marri pour mon collègue.

- Je pense que vous n’avez pas navigué sur lest ?

- Non. Mes cales sont pleines & j’ai entre autres, quarante canons de 6 livres.

- A la bonne heure ! Nous en manquions.Vendez votre cargaison mon cher, remettez votre navire en état de prendre la mer & profitez des

agréments que vous offre la ville en attendant l’arrivée de votre confrère Alphonso Guiterez & du vaisseau du capitaine Rodrigue Y Gamboa.
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Santa Marta le 13 Mars de l’An de Grâce 1715

Ce matin, le vaisseau de sa Majesté Cacafuego est entré au port.
Ce même jour, le capitaine Alphonso Guiterez ex capitaine de la grande pinque nolisée La Séraphine a accosté …
à bord  d’un simple canot.

Les deux capitaines ont été reçus à la Résidence du Gouverneur pour rendre compte auprès du représentant du Roi, des aléas de leurs voyages.

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- Bonjour votre Excellence ! Je viens de voir depuis la terrasse que deux de nos navires de commerce viennent de doubler Isla El Morro. D’ailleurs, si vous regardez par la fenêtre on voit la chaloupe de l’inspection sanitaire qui fait route vers eux.

- Voilà qui est parfait Estéban ! Il ne peut s’agir que des navires que m’envoie le gouverneur de Rio de Hacha. Courrez à la capitainerie. Si l’inspection sanitaire ne souffre pas qu’on y sursoit – il ne manquerait plus qu’ils nous apportent les fièvres où, Dieu nous garde ! Pire encore – dites au Lieutenant Ortiz mon souhait que les formalités, droits portuaires, douanes & autres soient le plus succinctes que faire se peut.  Je veux au plus tôt voir les deux capitaines dans mon bureau ainsi que le Capitaine Rodrigue Y Gamboa & le capitaine de la grande flûte Enrique Gomez. Allez courrez !

Le secrétaire courut. Heureusement, l’heure matinale lui évita les ardeurs du soleil.

Le soir venu, les navires de la Flota étaient amarrés le long du quai de l’arsenal. Le vaisseau était ancré près de la pointe de Chico Morro.

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